La pleine lune brille sur la baie, ses rayons argentés caressent avec la douceur d'une amante les hautes tours de la citée. Une brume épaisse et poisseuse montée de l'océan enrobe les vieux bâtiments et les quelques badauds qui errent encore dans les sombres ruelles de l'antique citadelle.
Quelques rats aux mouvements furtifs courent le long des quais à la recherche de leur pitance.
Soudainement alertés par un bruit proche, les rongeurs plongent à l'abri derrière les caisses empilées sur le débarcadère.
Précédée par le bruit de ses pas, une silhouette surgit de la brume. Avançant de la démarche souple et féline du guerrier accompli, le jeune demi-elfe semble plongé dans ses pensées. Revêtu d'une lourde armure noire, portant un fléau au côté, son allure martiale dément la finesse de ses traits. Son poing droit serre convulsivement un médaillon aux armes de Vénéra, la puissante déesse de la justice.
Parvenu devant une massive batisse, il sort une clefs d'une petite bourse, l'engage dans la serrure et franchit la porte d'entrée.
La pièce dans laquelle il pénètre est meublée avec goût. Une table de chêne en son centre, un âtre dans lequel achève de mourir un feu et quelques tapisseries aux murs complètent le décor.
D'un mouvement vif le guerrier jette sur la table le pendentif et se met tourner en rond, tel un fauve en cage, ses traits crispés et la flamme qui couve dans son regard dénotent une intense colère.
-"Comment osent-ils ! J'ai toujours servi le temple avec fidélité ! Me blâmer ! Moi !"
Brusquement le poing ganté d'acier du demi-elfe s'abat avec force sur la table massive laissant une marque profonde dans le bois durci. Il se saisit du médaillon et le lance d'un geste rageur dans le feu.
-"Cette déesse est faible est impotente ! Tout comme ses serviteurs elle est aveuglée par une justice faite par les hommes pour les hommes et par conséquent sujette aux défauts et à l'imperfection des mortels !"
Levant les mains au ciel, l'homme s'exclame d'une voix furieuse
-"Je te renie Vénéra, déesse aveugle ! Désormais je suivrais ma propre voie, tu ne représente plus rien a mes yeux si ce n'est l'incarnation des faiblesses humaine !"
A ce moment du foyer s'élève une colonne de flammes rougeoyantes.
En son coeur se forme une vision de cauchemar; un guerrier de haute taille dont le crâne nu est entouré d'un halo de flammes et de ténèbres.
Saisissant son arme le jeune homme se jette sur le démon flamboyant et lui assène un terrible coup. Mais l'arme ne fait que passer au travers des flammes sans causer la moindre blessure à l'entité. Celle-ci éclate d'un rire macabre, puis s'adresse au guerrier abasourdi d'une voix sépulcrale.
-"Je ne suis pas ton ennemi Kayle, bien au contraire je vais t'offrir ce que te désire. Je ferais grandir la rage qui t'anime, je la nourrirais et je ferais de toi mon poing sur cette terre. En mon nom tu anéantira les agents du mal qui rongent ce monde petit à petit. Acceptes de me servir et suis ma voie ! Pour toi elle sera pavée de sang et de flammes ! Je t'ai choisi, rejoins-moi."
Fasciné, Kayle tombe à genoux. Son esprit, envahit par la présence et la puissance de l'immortel, est plongé dans un abîme infini, celui de l'essence même du dieu de la Rédemption. Une éternité de colère et un insondable désir de vengeance l'envahissent, une fois cette vague de haine brute passée, un nom demeure, celui du Seigneur de la purification, Shaïn. Lentement le visage de Kayle se lève vers le rictus morbide de la divinité. Humide de sueur, la bouche crispée dans un rictus sauvage, le demi-elfe murmure d'une voix rauque:
-"Qu'il en soit ainsi ! Pour toi je lèverais une armée de sombres guerriers, et nous exterminerons les larves vouées au mal qui grouillent sur ce monde. La colère de Shaïn fera trembler cette terre."