Histoires en Brumevent

Brumevent

La pêche merveilleuse, légende brumoise

Légende de la truite pêchée, dite de la mangeuse qui fut mangée, histoire brumoise de forestoisie.

Pont
George Inness - Cromwell's Bridge - 1875

(Un jeune homme blond, aux gracieuses boucles tombant sur ses épaules robustes, était assis sur le large rebord pierreux du solide pont de roc, enjambant fièrement et rondement le fleuve qui courait de ses eaux vives…

Au bout des bras du paysan, un bâton long et lisse…au bout du bâton lisse et long, une corde fine et solide…au bout de la corde solide et fine, un crochet en métal brillant…au bout du crochet brillant en métal, un vers blanc se tortillant…gobant le vers se tortillant et blanc, une truite brumoise de forestoisie.

La truite brumoise de forestoisie fût pêchée pour avoir avalé.

Et le joli jouvenceau aux cheveux d'or s'éloigna…galipettes et sifflota…et fit un petit feu rouge…rôtit la truite, mangea ainsi du poisson grillé….ceci fini…avec un seau d'eau…il éteignit les flammes, la fumée ne fut plus…et aplatit les cendres…avant de repartir dans sa chaumière.)

Retour d’un élémental du Vent dans son monde

(Les événements contés datent de 2007.)

Blason de la garde de Brumevent
L'Ordre Kaïcha

Histoire d’un être qui ne parlait pas…

Histoire de Père Abbé aussi…

Histoire de sagesse, de compassion, de vie et de paix.

Histoire

Cela fut lorsqu’une errante descendit pour la première fois dans les caves de Brumevent, désirant parler à Maître Kalimshan, archimage des brumes…

Lorsqu’elle y parvint…

…point n'était question d'approcher le grand maître tant il était concentré dans l’exigeante et salvatrice tâche qui engageait ses forces, l'isolant du reste des mortels.

Deux moines Kaïcha, à genoux, priaient avec ferveur.

Etaient aussi présentes d'autres personnes: un écuyer brumois, un jeune rôdeur.
Le sénéchal du Castel des Brumes, puissent ses actes être remerciés, nous rejoignit…puis un jeune barde et un autre jeune rôdeur et, enfin, un nain à la recherche de l'histoire de ses pères.

L'attention de tous, assemblés dans ce lieu d'inquiétude pesante était accaparée par un élémental extraordinaire…une pure incarnation de vents, d'éclairs et de brumes, dont la fureur et la majesté tenaient à la fois du grandiose et de l'effroi…

Un des deux représentants de l'ordre Kaïcha était une elfe moniale, dont les admirables et adorables yeux clairs et limpides, images d'un esprit profond, faisaient immanquablement naître en chacun les plus nobles sentiments de paix et de bonté.

L'attente et l'incertitude étaient reines…

Et, au milieu des éléments puissants qui constituaient l'être qui faisait face aux présents, deux yeux durs, lugubres et scintillants les fixèrent, tandis que les bras cycloniques de ce géant s'écartaient lentement et que sa tempête intérieure s'amplifiait…

L'élémental s'animait…découvrant à chacun sa puissance latente et terrible…

L'élémental, en soufflant, faisait “SsSsHhhWWwiII”.

Le jeune rôdeur parla alors d'une formule que la Comtesse Orphandilia venait de lui dire, par télépathie, de prononcer dans un autre sens.

Il la hurla complètement à l'envers après avoir dit au prince, car c'était un prince, qu’il avait été appelé et qu'il devait à présent repartir dans son monde.

Cet être redoutable et d’une absolue et tempétueuse beauté avait été invoqué par Maître Kalimshan pour défendre le Castel d’une invasion de trois démons qui avaient forcé la Marelle.

La formule ainsi prononcée ne tarda pas à faire effet : la pièce vibra de manière impressionnante, les murs tremblaient et la Marelle elle-même ainsi que ses lignes lumineuses s'animaient et réagissaient…

Le prince hurla dans son langage d'élémental…c'est à dire qu'il souffla et que les vents qui le composaient devinrent plus violents et plus tournoyants encore.

Ces tourbillons frappèrent les présents, réduisant leurs forces.

Le rôdeur répéta alors la formule plusieurs fois pour que chacun puisse la prononcer après lui.

Et le rituel de retour du prince prisonnier dans un monde qui n'était pas le sien commença…

Ceux qui prononcèrent la formule sentirent alors une vibration étrange…un lien magique qui les reliait au prince et entre eux, matérialisée par une aura lumineuse…

Une boule de même lumière apparut dans la main du rôdeur…Il la lançait en direction de l'élémental qui perdait à chaque fois une partie de sa puissance.

Chacun fit de même avec d'inégales réussites…car pour les plus faibles, la puissance du prince se retournait contre eux et les affaiblissait encore plus…

L'elfe moniale y parvint un moment mais pas avec la même régularité que le rôdeur et elle finit par subir le retour furieux du prince.

Le jeune écuyer brumois avait lui essayé jusqu'à en tomber étourdi sur le sol tremblant.

L’errante était à terre…non pas étourdie mais épuisée, sans forces…

Trop de magies lancées pour que les énergies dégagées ne s'amplifient.

Le sol, les murs tremblaient toujours mais de façon plus farouche et des éclairs partant en tous sens vinrent traverser les êtres et les pierres.

Tous pouvaient sentir une action étrange, désagréable, inconnue et incompréhensible, provocant d'étranges phénomènes, jusqu'au plus profond de la mémoire de certains, je crois que ce fut le premier contact d’une aura trouée avec l'horreur qui annihile.

Le rituel avait pourtant permis de plonger le prince dans un état d'étourdissement.

Mais il reprenait régulièrement des forces et l'action du rôdeur sur lui était insuffisante et le jeune homme s'épuisait.

C'est alors que d'autres tremblements apportèrent espoir et appui à chacun…des pas de géant, des pas gigantesque et monacaux…

Le Mont Moloch était si grand, si puissant que les vents violents n'avaient point d'emprise sur lui…point ne tremblait, point n'était terrassé…il posait sur les présents son regard calme et serein.

L’errante lui expliqua la situation et fit appel à la sagesse d’un guide car la plus grande partie des présents était complètement perdue ou à moitié tout au moins. Et le moine répéta la formule après l’errante et put ainsi apporter un soutient précieux.

Les vents cessèrent leur course furieuse.

Et le prince s’immobilisa, dans une paralysie compète.

Il était toujours là, pouvant retrouver force et rage aussi rapidement qu'il les avait perdues.

C'est alors que le rôdeur, qui avait contacté Maître Kalimshan par la pensée, eut une réponse: le grand mage avait trouvé la force de l’atteindre, très peu clair, entravé par l’agitation des lignes de la Marelle et par l'élémental…

Les mots étaient : «Le… doit… être… Enl… »

Quelque chose qui pourrait être enlevé dans la pièce fut donc cherché…mais en vain…

Ne connaissant point le langage élémentaire, il fut tenté de toucher pas la voix et l'expression du chant ce majestueux et terrible prince prisonnier, seul contre tous, qui n'avait jamais demandé à venir, et qui ne pouvait comprendre ce qui lui arrivait…une voix de femme chercha ainsi à exprimer cette aide…

Prince de l'air
Nul affront
Ne voulions
Pourtant faire.

Déraciné
Toujours serez
Si pour rester
En vain luttez.

Dans un lieu
Plus heureux
Devriez
Retourner.

Le sage et grand colosse sourit alors, d'un sourire bon et chaleureux qui réchauffait silencieusement le coeur et redonnait du courage…

Puis le moine dit que la rage et la violence qui animaient l'élémental n'étaient pas directement dirigées sur ceux qui l’entouraient, et il répondit à ceux qui avaient exprimé l'idée d'utiliser d'autre moyens que le rituel que la solution n'était pas de l'attaquer…et qu'il était bon en effet de lui rappeler combien ses contrées lui manquaient…

Puis il dit qu'il pensait qu'un objet le maintenait ici contre sa volonté…une sorte d'ancre mystique qui l'emprisonnait dans cette dimension malgré son envie de retourner dans la sienne…et que c'était sur l'élémental lui même qu'il fallait chercher…

Mais le puissant prince avait repris entre temps quelques forces et n'était plus figé.

Bien que toujours à la merci des présents par l'action du rituel et par un état d'étourdissement…

Mais personne ne pouvait plus l'approcher : il fallait pour cela poursuivre et recommencer ce qui avait déjà été fait…

Le rôdeur resta un moment pensif…il regardait le prince avec attention…puis, d'un coup, il provoqua un tremblement de terre en direction du prince qui fut blessé et souffrit…à sa manière…à sa façon d'un être fait de vents.

Tout n'avait pas été tenté avant d'en venir à une telle extrémité…le rôdeur voulait enlever le prince lui-même…

La voix qui avait chanté supplia ceux qui voudraient faire de même d'attendre que chacun donne son avis sur ceci.

L’appui d’un géant est fort solide…ce qui retenait le prince contre sa volonté pouvait être invisible aux yeux, cela valait d'être tenté…

Le moine géant demanda alors au rôdeur, instamment, comme une faveur, d'éviter toute violence tant que ne serait pas terminé ce qui avait été commencé…même le regard le plus perçant ne pouvait tout voir dans une telle tempête…

L'élémental cessa donc de subir la blessure de la Terre et perdit à nouveau ses forces par l'action du rituel…

Le géant eut un lien particulier avec l'élémental: ne lançant aucune des boules lumineuses, il était joint à l’être de vents par un puissant et unique rayon psychique qui ressemblait fort à un éclair…en permanence…en frère…

Il s'approcha du prince, doucement, l'aura lumineuse qui entourait le moine guerrier s'intensifiait à chaque pas…jusqu'à en devenir éclatante…

Tandis que le prince perdait sa rage.

Puis l’immense montagne dit de sa puissante voix grave qu'il fit aussi douce qu'il le put:
“Il … est … temps … pour … toi … mon … ami.
Adieu.”

Et il arriva près du prince…et sa tempête s'était calmée…

Il avait compris qu'aucun mal ne lui serait fait…

Le géant plongea doucement sa main à l'intérieur du prince et en ressortit un magnifique et lumineux Coeur des Vents qui brillait dans sa main gigantesque…

Et le prince partit en paix, et les vents qui le composaient s'échappèrent en tous sens, caressant les visages de ceux qui avaient participé au rituel comme un geste de remerciement…

Fut de l'air un prince appelé,
Majestueux, grand et terrible.
Une invasion il eut pour cible,
Mais le retour ne put trouver.

De divers horizons venus,
Réunis, faibles et puissants,
Pour l'aider le moyen cherchant.
Et vive formule trouvée fut.

Apparurent vents et blancs éclairs.
Un sombre orage se déchaînait,
Tandis que noble prince perdait,
Et sa puissance et sa colère.

Puis, lorsque fut paralysé,
Il eut alors compréhension,
Que sans violence et nul affront,
Trouver pourra la liberté :

Doux et lumineux Coeur des Vents
Laissa, dans la main d'un géant.
Magique et bénéfique lien
Lui permit de revoir les siens.

De Brumevent à BoisDoré - deux poèmes de voyage

Village brumois

Deux récits de voyage, deux récits différents du même voyage.

(Les événements contés datent de 2007.)

Voyage long...

Ou apprentie qui fait ce qu'elle veut…

Voyage

Majestueuses tours, furent des brumes et vents,
Insaisissables, légers, les longs doigts caressant,
Du cher Castel aimé par grand froid menacé,
Insondable prodige, témoins de l'équipée.

Au grand chêne parut paisible halte mais,
A sa noire récolte sombre dame veillait :
Tomba un innocent entre les feuillus verts,
Point pourtant assez vive à son oeuvre parfaire.

Purent soins lumineux, cristallines pensées,
Au jeune ami blessé la vigueur redonner.
Et firent les voyageurs par paroles subtiles,
A l'avide chasseur abandonner la cible.

A attendre revinrent, fantastique départ,
Un désiré réveil, gratifiante victoire,
Aux deux hommes par elle fut histoire contée.
Et paroles échangées face au feu partagé.

Furent par son compagnon de son engagement,
Arbres et tièdes brises, les yeux de cet instant.
Humble amante des muses, fut ainsi, de beautés,
Dans nature superbe à Shanya destinée.

Et parmi les ramages bruissement s'entendit,
Une antique légende brillamment fut contée.
Et aide demandée au gourmet réveillé,
Qui au poète dit, délicieuse envie.

Son destin accomplir choisit l'ami sauvé.
Tandis qu'à avancer dans la fange putride
Jusqu'à l'Arbre maudit leurs pas avaient porté.
Échelle fantastique mena à cité vide.

Ainsi parmi les livres, du passage le temps,
Mourut profond silence par fiers récits et chants.
Pourtant point n'étaient seules tristes ombres du lieu
A menacer l'esprit : complices étaient en eux.

De passions et de peurs, deviner ne pouvaient
Que de simples paroles tant de fracas naîtrait.
Point complète pourtant n'était l'obscurité.
Par un gris chandelier raison surent préserver.

Marques fétides, hélas, avait marais laissé
Parmi les rouges flammes dans profonde vallée.
Dans la mélancolie, sut le verbe garder.
De sa compagne triste, sut le sommeil veiller.

Clair signe de partance, l'astre diurne parut,
A la marche nouvelle autre rencontre fut :
Sur un objet connu vit symbole troublant
Étrange vocation d'une lyre d'argent.

Mais fut en beau village bien joyeuse arrivée
Chassant par une course, les fantômes passés.
Seules à effacer, les fatigues restèrent :
Point longtemps en ce lieu, en eux ne s'attardèrent.

Village Doré

Voyage bref...

Ou demande du maître…
Prix demandé pour une victoire à la course…

(Petite précision : le “Fut par deux fois la route, de rêve et vérité,” est un souvenir ému d'un bug du jeu.
Il y avait eu un problème technique et la sauvegarde de la veille avait du être restaurée, donc le voyage effectué en soirée avait été annulé.
J'ai retrouvé ma PJette dans les appartements de la Comtesse Orphandilia alors qu'elle aurait du être au Chêne.
Son compagnon de voyage, lui, qui était aussi au Chêne, est revenu d'un coup dans la taverne brumoise.
Nous avons recommencé le voyage et nos personnages se sont dits entre eux qu'ils avaient quand même fait un drôle de rêve!!!)

Voyage

Partant d'un fier Castel, blanches brumes aimées,
Fut par deux fois la route, de rêve et vérité,
Honneur d'un regretté, dont les méandres mènent
Sous les ombrages frais de l'auguste et grand Chêne.

Pourtant sombre menace entre les verts feuillus,
Dans un si beau lieu fit qu'un innocent tomba.
Mais point à son horreur assez hâtive fut.
Soins, subtiles paroles, épargnèrent sa proie.

Ainsi étaient-ils trois, autour d'un rouge feu,
A partager récits et chants mystérieux.
D'un réveil attendu, ils eurent bien vive joie.
Ainsi parmi les branches, fin gourmet leur parla.

Furent ses compagnons, de son engagement,
Arbres et tièdes brises, les yeux du cher instant.
Humble amante des muses, fut ainsi, de beautés,
Dans nature superbe à Shanya destinée.

A nouveau deux étaient, car les destins diffèrent.
Mena putride fange, à l'Arbre millénaire.
Parmi livres ouverts, noire et vide cité,
Vit par passions et peurs, la raison menacer.

Dans riche et sec vallon, diurne astre parut,
A la marche nouvelle, fut un objet connu.
D'une lyre d'argent, sublime vocation,
Dans merveilleux village, trouva sa conclusion.

Course frénétique parmi les brumes

(Les événements contés datent de 2009.
Ce texte est présent sur le forum de Brumevent.)

Village brumois

(Une fine et blême silhouette apparut en silence parmi les brumes, portant un regard fiévreux sur les pierres humides des bâtisses, puis faisant le tour du village, extrêmement pensive, abasourdie, puis se figeant, s'enfonçant dans ce qui ressembla à une absence.

Puis retrouvant immédiatement sa mobilité, ce fut dans un état second qu'elle traversa la place, comme un spectre dont elle avait assurément le teint, encore plus pâle et songeuse, douloureuse, saluant un garde des Brumes avec douceur et mélancolie et entra dans la taverne…

La brune humaine pénétra donc dans la taverne, sans bruit…dans ce même état troublé et second, et, s'appuyant contre un mur, elle resta debout, parlant peu, expliquant qu'elle cherchait un homme qui marchait avec souffrance, se tenant la tête dans ses mains…posant quelques dernières brèves questions dans un souffle…et…resta sans voix, à nouveau immobile.

Immobile, elle le resta bien peu de temps.

Car elle ouvrit démesurément d'un coup ses grands yeux, sortant brusquement d'un rêve court mais qui avait semblé profond et porta une ses mains à son front pâle…tandis que la fièvre du regard ardent redoubla.

Elle frissonna, et rejoignit la porte sans faire plus de bruit qu'elle en avait fait en entrant.

Elle salua alors à nouveau les deux belles présentes du même mouvement de tête silencieux, délicat et doux, presque effacé, qu'elle avait eu entrant, et dit, d'une voix voilée et peu sonore:)

Pardonnez un départ si brusque…mais quelque chose m'a échappé.

(Elle rabattit alors le capuchon de sa vielle cape terne et élimée sur son visage livide qui fut alors dissimulé dans l'ombre du textile et, toujours sans bruit mais avec une rapidité certaine, sortit.

Une fois dehors, et hors de vue des deux dames, sans plus perdre un seul instant, elle courut aussi vite qu'elle le put, elle courut avec une frénésie démente, son capuchon retombant fatalement sur ses épaules et le visage de craie redevenant visible, de l'inutilité totale d'avoir rabattu le capuchon avant, allez comprendre…

Elle s'arrêta à la croisée des chemins, haletante.

Elle s'arrêta net au croisement qu'elle venait à peine de quitter pourtant, avec une brusquerie indéniable presque rageuse, et même avec une certaine brusquerie paradoxalement douce.

Et elle fixa alors les différents chemins qui s'enfonçaient au loin à s'arracher les yeux des orbites…

Et il sembla même qu'elle se mit sur la pointe des pieds pour se donner un peu plus de hauteur…il…sembla…

Mais…était-ce possible d'être si peu lucide dans des instants pareils…

Que cela fut possible ou non, de mémoire de blanches brumes et de furieux vents, cela n'en fut pas moins la première fois que ce minois-là était aperçu courant après un homme…)

Double guérison dans la Chapelle des Magies

(Les événements contés datent de 2010.
Ce texte est présent sur le forum de Brumevent.)

Lumière

La Chapelle d'Ashura était calme, rassurante et sereine…obscure et silencieuse.

La Prêtresse légendaire, dans son immuable méditation et sa beauté prodigieuse, marquait l'ombre de son tranquille éclat…

Devant l'autel gravé du Dieu des Magies, dans une position du lotus semblable à la grande prêtresse, au sol, douce et immobile, était une jeune femme brune, d'une pâleur extrême, austèrement vêtue d'une robe de bure noire.

La jeunette était assise à terre, et semblait au premier regard enfoncée dans une concentration profonde.

Semblait-elle réellement, en réalité?

Semblait-elle pouvoir même sembler?

Semblait-elle à quelque chose tant cet être livide était inaccessible à tout mouvement et à toute parole extérieure, son corps jeune, souple et frêle ne semblant pas plus léger ni plus animé qu'une écorce vide?

Elle ne semblait à rien d'autre qu'à un corps lointain, et proche uniquement par une chair figée.

Etaient dans la Chapelle une autre jeune fille qui priait, et un homme souffrant perdu dans ses pensées…

Une magnifique jeune femme blonde entra, se dirigea vers l'autel et commença à prier intensément…

Une autre présence s'approcha, un jeune écuyer au couleurs des brumes, au bras droit paralysé.

Presque immédiatement…un jour se fit, tout d'abord fin puis de plus en plus large à l'antique porte, une silhouette étrange s'avança.

Alors que l'écuyer s'était placé, sans rien dire, attendant, près de la guérisseuse blonde qui était entrée depuis peu, rejoignant la Prêtresse des lieux, le second homme qui était fort massif s'avança lui aussi vers l'autel et commença à mimer trois choses…puis il sembla se concentrer…

L'une des trois choses semblait être dans sa bouche, une autre sous un fragment de tissu qui bandait une de ses deux orbites et une troisième sur son front qui semblait fier…une marque profonde semblait y être ancrée…

La splendide jeune femme blonde examina le bras du jeune écuyer avant de se plonger à nouveau dans une prière des plus profondes et des plus intenses.

L'homme muet au front altéré se concentrait lui aussi…semblant donner toute sa force…

Lorsque dans la pénombre de la Chapelle, la lumière existante sembla devenir plus éclatante, les rouges plus intenses mais les noirs plus profonds aussi, une manifestation magique de grande ampleur semblait envahir le lieu…

Tous ceux qui méditaient resplendirent, brillèrent de l'intensité d'une lumière naissante.

Puis tout ce qui vivait en la Chapelle fut nimbé de cette vibration étincelante…

Lumineuse entre tous, la Prêtresse légendaire, et à ses côtés, face à l'autel, la belle blonde et la livide brune commencèrent à briller beaucoup plus intensément.
Elles n'étincelèrent pas avec le même éblouissement que la Prêtresse légendaire, mais elles devinrent nettement plus brillantes que les autres vivants.

Et la lumière de la guérisseuse blonde sembla se concentrer au bout de ses bras fins et blancs, tandis que les mains de nacre de la jeune femme claire comme la lumière devinrent si irréelles qu'il sembla qu'elles se transformèrent en énergie pure.

L'homme massif et muet sembla lentement se détacher du sol, de son front, une lumière aveuglante s'échappa, formant un cercle d'éclat, une lumière plus timide mais sensible se déversa aussi de sa bouche ouverte.

Toutes lumières devinrent alors si puissantes et si intenables que les êtres se figèrent et perdirent tous conscience, la Chapelle semblait plus n'être que feu blanc.

Puis de l'aveuglement revinrent certains esprits, lentement…et les corps au sol bougèrent, s'éveillèrent, après cette manifestation extrême…

Lumière avait oeuvré, aucun ombre n'avait été si noire que cette perte massive de connaissance sous la force de ce rituel.

La belle blonde méditait toujours, la brune semblait toujours aussi lointaine…elles ne bougeaient plus…la Prêtresse légendaire conservait son immuabilité, figée et infiniment belle, toujours.

Et l'homme massif parla et s'étonna d'avoir retrouvé un organe qui avait été perdu, son font était lisse et libéré, et l'écuyer brumois se releva en utilisant le bras qui avait été jusqu'alors désespérément paralysé.

Dans les profondeurs de la Forêt

La forêt
Photographie : La forêt de Brocéliande.

De brumes lointaines et de furieux vents...

(Les événements contés datent de 2008.
Ce texte est présent sur le forum de la Forêt.)

(Une jeune femme brune était arrivée à l'Oratoire, accompagnée d'un digne et antique compagnon muet, fidèle, patient et sage: un drap, un simple drap de tissu, si miteux, d'un aspect si pauvre et misérable, qu'il aurait été malaisé de lui donner une couleur.

Elle déposa un sac sombre qui ne semblait pas très léger à ses pieds ainsi que le fameux drap qui la recouvrait, laissant ses épaules et ses bras libres, découvrant la robe de paysanne qu’elle portait.
Et son sourire, qu'elle avait eu large et radieux à son entrée dans le lieu sacré, devint extrêmement fin, jusqu'à disparaître complètement aux premiers fredonnements de sa voix, accompagnant l'austérité qui avait envahi son visage.

N'ayant selon toute apparence aucun autre instrument pour attirer l'attention, elle fredonna ainsi, une mélodie d'abord douce, inquiète et mystérieuse, entêtante…jusqu'à avoir obtenu l'écoute de chacun.

Et elle chanta, d'une voix ronde et puissante, de cette même mélodie ces vers, avec un émotion contenue au début mais qui l'envahissait peu à peu…

Et la voix se fit enivrante, terrible ou bien d'une grave douceur, frappant par les contrastes, faisant sentir en la jeune troubadour l'ardeur extrême d'une sévère errance, d'une implacable quête…
une quête reconnaissable et portant en elle l'humidité de brumes lointaines et de furieux vents…

Et, tandis que les vers, que le chant avançaient, sa voix portait encore et encore ses troubles couleurs contre les immenses blocs de marbre, se teintant d'une manière poignante des marques de la passion:)

Des si pâles et insondables brumes,
En noires pierres s'anime et fume
De ses lignes et brillants entrelacs,
De la Marelle, du Passage, l'Eclat.

Par l'Arcanique et Unique Science,
De l'admirable geste, haute puissance,
Les efforts des âges firent cachot
De l'impensable, l'effroyable Fléau.

Le Haut Seuil, en son mystère garda,
Des sages, l'Union Sacrée éloigna
Le Néant, qui de ses cibles dévore
L'ETRE l'ESSENCE en un glacial essor.

De l'éblouissante, antique prison
Attend l'horreur, de son gouffre sans fond,
Qui Vie Mort Matière à son image rend,
Le Non Etre, l'innommable avènement.

La Marelle de par les temps préserva
Notre Monde, de l'Inexitance Loi,
Par la gloire du Pacte, des opposés,
Elle hurle l'entente, en nécessité.

A l'Union, aux chemins de sagesse
Les invita en son cri de détresse
Qui fit ressentir en chaque Magie,
Ce terrible vide, l'Arcane affaiblie.

A l'Esprit les Huit Grands Mages appelés,
Par les Huit Hauts Sortilèges cachés,
L'Existence chercheront, sauveront
D'infini qui efface, d'effroi larron.

Qu'au Gardien du Pacte, en Brumois Castel,
Qu'au Monastère, les Dignes mène, révèle
D'abnégation la salvatrice voie
Qui seule le Néant au Néant rendra.

(La voix s'était tue, relayée par le gracieux frémissement des feuilles des arbres, sous les caresses du vent, qui semblaient à leur tour appeler les mages…
Et elle resta un moment muette, haletante.)

Le Faisan sauvage

(Les événements contés datent de 2008.)

Frederic Edwin Church
Peinture : Frederic Edwin Church.

Un faisan se promenait le long des splendides rives d'un étang chatoyant, en une éclatante clairière.

Les rayons diurnes s'insinuaient en la verdure et éclaircissaient de leur chaud éclat les feuillages et les branches, doucement bercées par le vent frais.
La vie resplendissait, les roseaux ployaient amoureusement aux sauts fantastiques des grenouilles, les ailes des libellules battaient tout autour, et les moustiques restaient à l'ombre en attendant le soir.
Des fleurs de lys tachaient d'un blanc pur le vert du trou des arbres.

Le plumage du gros oiseau scintillait d'argent. Sa tête était rouge et sa crête noire semblait clamer : “Je suis le plus étonnant faisan de la Forêt”.
L'air confiant, prenant toute présence pour décor naturel et inoffensif, le faisan fouillait le sol à la recherche de graines.

Faisan Argenté

Et le faisan fut attaqué, la lame coupante d'une dague transperça son tendre corps de volatile, et l'écarlate du sang inonda ses lisses plumes.
Le faisan se débattit, mais il était bien attrapé.
Un bruit d'ailes déployées en vain fit fuir les insectes rampants et volants.
Les autres oiseaux se turent et se cachèrent dans le creux des arbres, les rats d'eau plongèrent dans leur terrier…

“Aaaaaahhhhhhhh!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!”

Un cri se fit entendre, qui ne venait pas du porteur de la lame, et dont l'intonation ressembla étrangement à un chant porté contre les blocs de marbre…puis…plus rien…dans un premier temps.

Mais auparavant il fut questions de pommes, bien plus digestes qu'un faisan, faisan en détresse auquel le cri avait été adressé, pour tenter de le faire fuir, de le faire lâcher, et figer son agresseur de surprise.

Quand…le faisan eut une autre championne pour le protéger, charmante, qui fit barrage de son corps et soutint, et le cri, et la fuite.

Et le faisan s'envola et put continuer à chercher des graines.

Empoignement dans les verdoyants feuillages

(Les événements contés datent de 2009.
Ce texte est présent sur le forum de la Forêt.)

Thomas Moran
Peinture : Thomas Moran.

Un bruissement parmi les fraîches feuilles…elle était sortie des buissons dans une espèce de saut qui avait mis un sérieux désordre dans sa chevelure brune, et avait attrapé par un pan de son habit…un homme, qui ne put partir sans être forcé de la cogner…

L’ardeur à retenir le textile était grande, et il ne se débarrasserait pas facilement de cet oiseau-là, ce fut certain…aucun doute qu’il ne fut prisonnier de cette main blême, qui serrait, de ses diaphanes doigts serrés, avec une vaillance certaine, sa tunique usée…

La robe de bure, dans sa très grande et digne austérité, n’avait que très peu été dérangée, et, d’une secousse qui eut quelque chose de la façon qu’on les petites chiennes mouillées de se sécher, elle remit un ordre relatif dans tout ce fouillis capillaire, c’est à dire que les mèches souples et bouclées furent ensuite moins nombreuses à lui barrer le visage.

Prisonnier il était…non des grands yeux noirs qui le fixaient avec douceur et gravité, non de ce fin visage livide, mais de cette main et de cette volonté qui tenaient assurément de la très évidente brusquerie paradoxalement douce…

Oui, l’appellation de furie délicate aurait pu convenir…aussi inconcevable que cela puisse paraître…en cette scène qui ne manquait ni de grandiose ni de cocasserie…

Une sorte de clarté se fit, de cette geste pour le moins peu commune, que, si l’homme semblait pouvoir cogner jusqu’à plus soif sur l’étrange animal qui s’agrippait à sa tunique, il n’avait absolument rien à redouter de cette jeune main. Mais il n’en semblait pas moins indéniablement attrapé !

D’une sorte de sautillements légers, maintenant toujours résolument sa tunique dans ses doigts très serrés, de la position qu’elle avait au quart de droite du coude gauche de l’homme, elle se décala pour lui faire face, et elle poursuivit de le fixer.

Une espèce de souplesse se dégageait de cet animal étrange, et elle se tenait droite, à une distance convenable pour une conversation privée…

Si l’idée le traversa à cette façon peu ordinaire d’être attrapé que ce geste portait au milieu du soulagement une infime partie de reproche, cette idée s’éloigna immédiatement.

Cogner…mais qui parlait de cogner ?

Peut-être bien…que si l’homme avait été de telle nature, et il ne l’était assurément pas, jamais n’aurait été attrapé, ni n’aurait attiré l’attention…

Face au guet-apens de l’oiseau, et de l’abondance de ses discours, il se contenta dans une première réaction d’inviter, très justement, à ne point rester au milieu du chemin…un tronc magnifique s’étalait à terre, prêt à servir de soutient aux voyageurs fatigués ou désireux de converser…

Traînant la petite derrière lui sur quelques mètres, petite qui trottina légèrement, en faisant des petits pas serrés, l’homme se surprit à sourire, au comique de la situation. Et elle étira elle aussi sur ses lèvres un fin sourire irrésistible, incontestablement extrêmement sensible à l’incongruité de la pose, tenant toujours fermement la tunique de l’homme de ses doigts fermés.

Et…une fois assis tout deux…l’homme protesta :

“Allons, je ne vais m’enfuir”…

Songe vaporeux - Recueillement

(Un souffle parmi les herbes, un éclat parmi les feuilles, lueur vaporeuse…à peine sensible…rêve cristallin…tendresse, mélancolie en la terre.)

Aventures de Sifare avec les BDF

BDF

Première visite au Fort - Première aventure avec les BDF

(Troisième jour de jeu pour Sifare, comme quoi certaines choses sont écrites…)

(Les événements contés datent de 2007.)

Histoire…

J'avais marché beaucoup, beaucoup trop, et j'étais très fatiguée, mes jambes étaient lourdes.

J'arrivai à la Baie, franchis les grandes portes, et errai dans la cité…

Après de longues heures de marche j'accédai au quartier des érudits et, comme j'ai toujours voulu être savante, je me suis réjouie…

Quand j'entrai dans la guilde de magie, j'étais fort heureuse de me trouver là.

Je parlai à un homme, qui me dit s'appeler Zaplaka, au visage souriant et invitant, dont une sorte de vapeur, aura bleue aquatique et magique, se dégageait, et il m'envoya à la Forge du Fort en petite mission pour tester ma motivation, ceci pour voir s'il pourrait me prendre en apprentissage.

Après avoir pris un peu de repos j'y allai et, après un voyage sans incident particulier, m'acquittai avec succès de ma mission.

Mais il m'arriva une fâcheuse aventure, aussi.

Lorsque je sortis de la Forge, après avoir parlé avec le forgeron et avoir croisé de bien jolies personnes, je vis sur la place du Fort une jeune femme qui avait les deux bras brisés et qu'un soldat maintenait à terre, la tenant à la gorge.

Il y avait aussi autre chose que je ne comprenais pas: plusieurs guerriers attaquaient un seul et même de leur compagnons, qui était très gravement blessé, pourtant, tous les combattants portaient l'uniforme militaire.

Je demandai ce qui se passait et personne ne me répondit à part un jeune soldat qui m'accosta et me dit que c'était une longue histoire et qu'il n'avait pas tout suivi, et qui chercha à m'éblouir avec sa hache, une pose avantageuse et une flamme qu'il fit apparaître dans sa main.

Le jeune soldat dit:

“Bonjour jolie demoiselle, tu veux donc savoir qui a l'avantage dans cet entrainement…et bien techniquement c'est tous le monde contre un et ne dure pas depuis très longtemps.
Quand a cette fille, c'est une histoire compliquée …Surtout que j'ai pas tous suivi.”

Puis le jeune soldat me regarda avec un sourire au coin de la bouche avant de continuer:

“AAAAAh !! désolé, j'ai oublié de me présenter !! Alors …”

Et il se présenta. Et ce fut à ce moment là qu'il prit la pose à l'aide de sa hache et de sa flamme et dit des choses que je ne répéterai pas.

Je n'étais ni habituée aux flammes qui apparaissaient toutes seules, ni aux haches, donc je reculai rapidement avant de reprendre mes esprits.

Puis, comme le jeune soldat avait l'air accueillant et d'humeur à parler, je me présentai aussi, le remerciai pour sa réponse et lui posai d'autres questions, à voix basse, pour ne déranger personne, ou plus exactement les mêmes que celles qui n'avaient pas eu de réponses, déclinées d'une autre façon.

Mais après la jeune femme blessée, qui avait ouvert péniblement les yeux et avait regardé l'entrainement sans grand enthousiasme, qui était fort séduisante, alors que ses yeux recommençaient à se refermer, comprit mes paroles.
Et, alors que le jeune soldat finissait de me parler, elle prit la parole en me fixant:

“Ma pauvre tu ne sais pas ou tu as mis les pieds…
Ces hommes ne sont que des sauvages portant un blason qui leur donne le droit de faire leurs lois et d'écraser les faibles.
A ta place je partirai vite d'ici.”

Puis elle regarda les soldats et ajouta:
“Je lui ai simplement donné mon avis, pas besoin de m'éclater la tête.
Elle en fera ce qu'elle voudra.”

Bien que je me doutais que c'était une criminelle, j'ai cru qu'on allait la tuer et j'ai eu pitié d'elle.

Je me suis alors adressée en urgence aux hommes du Fort et, tout en leur disant que je savais qu'ils étaient tout sauf de vils sauvages mais plutôt les protecteurs des faibles et des innocents, j'ajoutai que j'étais sure qu'elle n'avait rien commis d'irréparable et qu'elle méritait la compassion, la pitié et le pardon.

J'ajoutai que si j'avais le pouvoir de la guérir je le ferais et que j'étais violemment choquée de ce qui se passait.

Je finis en leur demandant de m'éclairer si je me trompais et je formulais le souhait que Vénéra les guide et les conseille dans la voie de l'honneur et de la compassion (ce qui est entre nous dire une grosse bêtise sur Vénéra de mon point de vue actuel, mais à l'époque c'était ce que je croyais) s'il se trouvait une petite partie de vérité dans mes propos.

Un lancier fut le premier à réagir: il me dit avec bonté qu'il comprenait mon étonnement, et qu'il concevait tout à fait que l'on puisse être choqué de voir une femme dans un état si déplorable. Même si pour eux ce cas était anecdotique, et que le mal était ailleurs.
Il ajouta qu'ils n'étaient ni des barbares, ni des tortionnaires. Et que cela ne les amusait pas de devoir en arriver à des méthodes aussi extrêmes avec un individu et que j'étais loin d'imaginer ce qu'elle avait fait et ce qu'elle continuait de faire dans l'enceinte du Fort.
Qu'ils étaient toujours prêts à donner une seconde chance aux personnes fautives, mais qu'elle n'avait daigné à aucun moment saisir cette chance et avait préféré recourir à l'insulte ou à la violence.

Il finit par dire qu'il ne faut jamais se fier aux apparences et accorder un crédit aveugle à ce que l'on entend. Que c'étaient les règles primaires de la survie que l'on apprenait au Fort, et qui leur permettaient entre autre de pouvoir défendre le Sud.

Puis le Général, dont la mauvaise humeur était je crois déjà accentuée par la présence prolongée de moines Kaïcha et par le fait qu'un gigantesque géant mettait à rude épreuve, à chaque parole prononcée, la structure du Fort, structure du Fort qui perdait une pierre de ses murs à chaque soupir du colosse, et qui mettait aussi à l'épreuve la faculté de projection de certaines des recrues, se mit en colère…

Le Général me dit que la jeunesse et la pureté ne faisaient pas de moi un juge en ce bas monde et de garder pour moi mes affirmations aveugles.
Il m'expliqua que la prisonnière avait été reconnue coupable de port et vol aggravé de matériel militaire appartenant à un soldat assassiné et que de forts soupçons pesaient sur elle quant à son implication dans ce meurtre et que, faute de preuve, elle allait bientôt être remise en liberté après sa peine qui serait bientôt terminée.

Les coups de bâton qu'elle a ensuite reçu des militaires devaient être pour la punir, je ne pus pas les lui épargner.

Et le Général me proposa ensuite, si j'ouvrais encore une fois la bouche au sujet de la prisonnière, de m'envoyer nettoyer les geôles, surveillée par son second, qui n'était pas très appétissant à mon goût, ou bien par le jeune soldat à qui je plaisais en sous entendant que le jeune soldat se régalerait à l'idée de pouvoir me “surveiller” tout seul à l'abri des regards.

Le Général ajouta que Zaplaka serait très ennuyé et honteux d'avoir à venir me chercher dans ses geôles pour avoir protégé une repris de justice tueuse de soldat.

Je fis profil bas, je ne connaissais pas encore les astuces qui permettent de se mettre à l'abri parfois, mais pas toujours, de la fureur des puissants, et, je dois avouer aussi que le Général parvint à me faire honte.

Mais surtout, je regardai le jeune soldat de travers…

Le jeune soldat me répondit gentiment que le Général était un peu sur les nerfs en ce moment et qu'il n'aimait pas que des étrangers se mêlent aux histoires de l'armée.

Le jeune soldat me conseilla aussi de ranger ma dague si je ne voulais pas avoir de nouveaux problèmes…et en effet, j'avais été étourdie après mon entrainement dans un coin sombre, je le remerciai et suivis son conseil, c'est à dire que je cachai rapidement mon arme…

Le jeune soldat me dit aussi de ne pas faire attention aux sous entendus du Général, qu'il n'avait vraiment rien d'un pervers.

Sur sa demande, je lui expliquai pourquoi j'étais là et ma crainte d'être rejetée par Zaplaka à mon retour à la guilde, d'une voix un peu trop forte, je crois…

Car le second du général s'approcha et me dit que si j'étais très gentille avec le jeune soldat, ils pourraient tous oublier ce petit incident.

Le jeune soldat s'indigna et dit un peu fort qu'il n'était pas un pervers et qu'il n'avait besoin de personne pour l'aider à séduire une fille.

Il dit exactement, et cria, pour être plus exact:

“NAN MAIS VOUS ME PRENEZ VRAIMENT TOUS POUR UN PERVERS!!!
JE SUIS PAS COMME VOUS !!
ET SurtOUt J'ai Pas BESOIN de votre AIde pour DRAGUER UNE FILLE!!… ”

Alors, le jeune soldat se tut d'un coup, se rendant compte de ce qu'il venait de dire et sans plus oser me regarder, il lâcha:

“Oups”

Et il se fit réprimander par ses supérieurs pour avoir parlé trop haut, puis reçut l'ordre d'aller s'entraîner et de ne draguer des mages qu'en permission.

Et le jeune soldat marmonna, en réponse:

“De toute façon, on en a jamais de permission…”

Et le jeune soldat partit s'entrainer seul dans un coin sombre du Fort.

Très mal à l'aise je répondis avec colère et aigreur, et lançai au second du général un regard furieux: je lui dis que je le trouvais désagréable, que je ne serai très gentille avec personne, que je ne savais ni n'aimais mentir, encore moins à quelqu'un dont je souhaitais gagner la confiance.
Et qu'enfin, si Maître Zaplaka m'en voulait, je comprendrais et ne demanderais rien à personne et encore moins à lui ou au jeune soldat.

J'ajoutai que le jeune soldat avait toujours le droit d'essayer mais que c'était sans espoir…

Puis le geôlier de la prisonnière blessée me dit d'excuser la soldatesque d'être un peu rustre, mais que cela n'arriverait pas si j'avais évité de me faire remarquer…ce qui n'était pas faux…

C'est alors que la prisonnière blessée répliqua qu'elle avait simplement voulu m'ouvrir les yeux mais qu'elle croyait que ce n'était pas la peine car j'avais très bien cerné les militaires toute seule.

Et elle me proposa de me faire visiter les terres et de me présenter à des personnes qui pourront m'apprendre ce que je veux, ce qui mit son geôlier dans une noire fureur…

Puis le soldat seul contre tous, qui était très blessé par son entraînement (et auquel le géant Maître Guerrier Kaïcha avait bien envie de porter soutient, question d'Equilibre des forces, même pour un entraînement) me dit de ne pas m'inquiéter et qu'il me conseillerait pour la magie quand il irait mieux.

Je le remerciai, et lui proposai de venir me voir à la Guilde de Magie si j'y étais admise et essayai en vain de le soigner avant de partir.

Je rentrai très honteuse à la guilde, la tête basse et racontai tout Maître à Zaplaka et à Maître Tallentras, dirigeant de la guilde de Magie et spécialiste du feu.

Maître Zaplaka me demanda alors de tirer les leçons de mon aventure et ma réponse lui plut.

Quant à Maître Tallentras, il trouva mon récit très amusant et rit beaucoup en me disant que je ne devais pas avoir honte.

J'ai retenu de ma mésaventure du Fort la leçon qu'il fallait respecter l'esprit d'un lieu et de ses habitants.
C'est tout d'abord une question de diplomatie mais surtout de respect.
Mais cela aussi, ça se discute…

Sur la place de la Baie - Cinquième aventure avec les BDF

Baie

(Les événements contés datent de 2008.
Ce texte est présent sur le Forum de La Baie.)

Titre de l'aventure : De Nouveau du bruit…

(Une pâle et jeune femme brune, vêtue d’une unique et pauvre et vielle robe de paysanne usée, de celles qu’on trouve dans les montagnes du nord, souillée de sang délavé par l’eau et imprégnée de ce mélange, que l’on avait plus d’une fois vue courir, et vue aussi transportant un seau vide qu’elle avait rempli à la fontaine et porté plein, retournant vers le sud, revint.

Elle traversa la place, d’un pas vif, se dirigeant vers le Port, puis en réapparut, tenant dans ses mains, en plus de son grand sac sombre, deux petits bâtons d’environ quatre pouce, deux dixièmes de demi pouce, et trois centièmes et demi de quart-de-pouce chacun de long, de ces bâtons que l’on trouve en abondance par terre, pas loin, de ceux que la scierie rejette car trop petits et inutiles.

S’approchant de la fontaine, elle ôta ses chausses d’un sourire grave et pourtant charmeur et cogna ses bâtons l’un contre l’autre, qui faisaient TAC, TAC, TAC, puis les posa par terre, à côté des chausses et du sac, sac qu’elle avait posé lui aussi et, s’asseyant sur le rebord de la fontaine, elle commença à fredonner doucement une mélodie paisible et déroutante…achevant d’attirer l’attention.

Tout le long de cette esquisse de chant, ses yeux noirs parcouraient les murs, le pavé et les recoins divers…cherchant une présence…son sourire s’élargit d’un coup, reconnaissant le fidèle compagnon de bardes, qu’elle avait vu tout petit…un chat des rues qui avait bien grandi depuis qu’il était chaton, ce qui était assez normal tout le monde l’admettra, c’est l’usage !!!! (Les chatons rétrécissant au fils des mois sont des animaux qui n’appartiennent qu’à l’imaginaire collectif.), venait de sauter du haut d’un toit et, assis en bon mélomane, attendait, se tenant au loin.

Elle se leva et salua gracieusement, s'inclinant très bas, l'assemblée de miliciens, hommes, hommes félins, femmes, enfants, écureuil et chat!…puis elle se rassit.

Son visage prit alors l’expression d’une douceur infinie et elle chanta, d’une mélodie sobre et simple, avec mélancolie ces vers, regardant en direction du tribunal.)

D'Astre Roi, bon, riche, enivrant
N'existe de plus rayonnant
Qui de sa saine et chère ardeur
Généreuse, apporte chaleur.

De si peu brille et tant excite,
La très grande sagesse invite
A tout donner… Le vent n'a rien,
Des rapides mains, rien, ne craint.

A mûrir le fruit des labeurs
Est des hauts succès le meilleur
L'unique et simple soin d'oeuver
A ne se pesamment charger.

(Elle se leva et monta pieds nus sur le rebord de la fontaine où, maintenant espiègle, elle sautilla et dansa, en faisant inlassablement le tour, jusqu’à donner le vertige à chacun, chantant et répétant toujours les mêmes vers mais à chaque fois avec une intonation différente, frappant dans ses mains pour s’accompagner.

Puis elle cessa d’un coup, près de son sac et de ses bâtons et sourit à nouveau. Et, de ce sourire, elle se pencha, tant et tant pour chercher un objet dans son sac que les paris allaient bon train entre les habitants de la Cité Blanche pour savoir si elle allait tomber ou non…et surtout…de quel côté !!!!

Elle mit un certain temps à trouver ce qu’elle cherchait…non que le sac semblait trop plein et rendait toute recherche hasardeuse : en fait la jeune humaine semblait suivre à la perfection les préceptes de ses vers, tant elle paraissait ne presque rien posséder !!!!!!…A moins que ce ne fussent ces ci-dessus-cités préceptes qui la suivaient et la poursuivaient. Et c’était en tout cas une compagnie qui valait mieux que beaucoup d’autres !…

Donc le sac semblait bien peu rempli…mais ce n’était chose aisée de trouver quoique se soit dans une position si extravagante, si périlleuse et si tordue !

Elle tira finalement de ce sac, avec un soin immense et une émotion encore plus grande, une humble couronne de branches de lierre séché et…point ne tomba !!!!

Et cette couronne végétale fut posée sur sa chevelure brune et désordonnée, parachevant l’aspect champêtre et exotique de la jeune personne en cette Cité.

Elle sauta à terre, victorieuse de cette acrobatie qui ne la mena ni dans l’eau, ni à l’étalement douloureux sur le pavé, et elle ramassa les bâtons d’environ quatre pouce, deux dixièmes de demi pouce, et trois centièmes et demi de quart-de-pouce chacun.

Et, rechantant, elle jongla…

Elle jongla en faisant passer comme la tradition de ces jeux le veut le bâton gauche à la main droite et le bâton droit à la main gauche puis le bâton gauche à la main gauche et le bâton droit à la main droite, puis…encore et encore et ainsi de suite.)

D'Astre Roi, bon, riche, enivrant
N'existe de plus rayonnant
Qui de sa saine et chère ardeur
Généreuse, apporte chaleur.

De si peu brille et tant excite,
La très grande sagesse invite
A tout donner… Le vent n'a rien,
Des rapides mains, rien, ne craint.

A mûrir le fruit des labeurs
Est des hauts succès le meilleur
L'unique et simple soin d'oeuver
A ne se pesamment charger.

(Elle jonglait de plus en plus vite…jusqu’à finir par cesser de chanter et dit, d’une voix sonore, interrompant aussi soudainement sa jonglerie.)

…De si peu brille et tant excite…

Et sa brillance n’est autre que le très pâle reflet qu’éclaire la vivante lumière…

L’OR dans le noir complet ne brille pas, ne brillera JAMAIS, et passe INAPERCU !

(Elle posa ses bâtons et, d’un coup, hurla.)

HHHHOOONTE ! HONTE A CEUX QUI VIOLENTENT, ETRANGLENT ET ENSANGLANTENT CEUX QUI AUCUN AUTRE DANGER QU’UN PAISIBLE SILENCE, PAROLES LIBEREES OU BOURSE ALLEGEE REPRESENTENT !

(Et, avec frénésie, elle prit entre chaque nouvelle phrase une vive et profonde inspiration.)

Honte ! Honte ! HONTE ! Honte à ceux qui disent porter Lumière et en commentant ces actes !

Oyez ! OYEZ ! Habitants de la Baie ces gestes honteuses !

Oyez ! OYEZ ! Les témoins du sang impunément versé !

Oyez! OYEZ! Les pertes de vos braves commençants !

Mobilier brisé, tonneaux de bière sacrifiés, tapis précieux ravagé par le sang versé !

Et les lâches…soit rient de ce qu’ils ont lamentablement gagné, soit quittent les lieux des dommages !

En témoignent aussi l’état de mes hardes, l’état de la brocante où j’ai commencé à tenter de rincer les stigmates de l’oeuvre de violence !

(Elle montra alors sa robe ensanglantée.)

Qui est le plus à blâmer ? Celui qui sans faire preuve de la moindre violence vole et dit-on menace…

Mais quelles menaces sont celles d’un homme qui n’a l’expérience du combat ? Ces menaces sont de celles qui ne menacent point !

…ou bien…ceux qui se vengent de si peu, s’octroyant le droit de se rendre un simulacre de justice en presque massacrant qui est trop faible pour se défendre, le laissant entre vie et mort ! (Elle regarda à nouveau le tribunal.

Elle resta un instant silencieuse, puis poursuivit, moins fort, avec une ironie sensible.)

Qui est le plus fautif ? Celle qui humilie pour se défendre et appelle un chat un chat ou le maître chanteur qui outrage, casse, menace, violente et blesse !

OYEZ ! Oyez la lamentable aventure de celle qui vous fait face !

Oyez cette histoire vécue et par là même connue dans les détails !

(Aux femmes.)

Dames, oyez comme on nous traite et nous considère !

(Et puis.)

Sires, oyez aussi.

Oyez tous comme on traite ceux qui n’ont rien fait du tout ou rien fait d’autre que parler !

Oyez ce qui advint il n’y a pas si longtemps de cela dans la taverne de Jaahl !

(Elle s’inclina à nouveau alors et annonça d’une voix sonore qui s’amplifia contre les murs des habitations, roulant les r.)

Trrrrrrrès déshonorrrrable geste de trrrriste Sirrrr de Brrrras Tendu !

(Et elle chanta à nouveau, d’une voix dont les échos portèrent les vers au-delà des fenêtres ouvertes…

Elle chanta d’une mine effrontée une mélodie d’abord espiègle, innocente et enjouée, puis paillarde lorsqu'il le fallut, sa voix se faisant extrêmement langoureuse lorsqu'il fut question d'une admirable guerrière, puis colère contenue, colère déclarée, devenant en ces instants plus ample et plus terrible, jusqu’à la fin où elle se calma doucement, pour laisser les sons délicatement s’éteindre et rejoindre les vents, laissant ces frais enfants du ciel porter la morale de l’histoire où bon leur semblaient.)

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Jeune femme parut en la taverne d’or
Très simplement vêtue par capricieux sort :
Pourtant en suffisance à la pudeur garder
Mais point en abondance pour le froid éviter.

Cape fut décrochée et alors déposée
Aux épaules de celle qui tant avait erré
Par le maître attentif qui ne put résister
Sur l’étrange tenue à gaiement plaisanter.

Autre verbe est celui qui ne rit pour lui-même
Et qui dans sa verdeur un funeste vent sème
Au jouir d’évoquer pleinement consacré
Outrageantes paroles croyant sécurité.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Aucun ne peut prétendre à bien se préserver
De réparties rapides, défenses de l’offensée.
Sûrement croyait-il que grades et puissances
Permettent de tout dire et d’imposer silence.

Ne le permettent pas et ne trouva de mieux
D’inviter celle-ci entre ses bras nerveux
Et de se dévêtir en bon remède au froid
Sur ses épais genoux goulûment l’appela.

Ne chercha à cacher vive rage et mépris
Car grimaces sincères de dégoût lui offrit,
De telles facilités son dire l’informa
Que furent lâchetés menées en dehors du combat.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

D’un pas rapide allant le maître, de l’apprentie
L’odieuse, brûlante place, très lestement conquit.
Sur les genoux s’assit, Bras Tendu décevant,
Nommant sergent celui qui est un lieutenant.

D’une charge libérant toute autre qu’attendue
Prudemment s’éloigna de telle déconvenue
Fut-ce boisson liée qu’en telle nécessité
Grade et décorations soient ainsi inversés ?

La dangereuse farce point n’était achevée :
De cible fut apprise la ferme vérité,
Tandis de qui d’honneur a grande pauvreté
Par violente fureur prouva mots informés.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

En grande indifférence sur un elfe innocent,
Le mobilier jeta, laissant sécher ce sang.
Contre un mur la plaqua, sa gorge saisissant,
De sa main détestée l’étreinte resserrant.

Rageant qu’avec égards elle ne le traitât,
Des excuses exigea, brillantes de surcroît.
Quelle folie est celle affligeante et primaire
Qui croit que par menaces le respect se conquière.

Le répugnant contact en vain intensifia
Et ses ordres ne firent que silence régnât :
Grand délire de dire au Barde Renommé,
De se taire, d’obéir, hurlant sa volonté.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Tant de confusions et serait malaisé
A trouver ordre juste à tant d’actes mêlés.
Refusant de donner paroles invoquées
Sur son maître elle fut vivement projetée.

Des bardes ? Bâillonnés ? Voici le fin remède
Que Bras Tendu trouva dans l’idée qu’on lui cède.
Avec rapidité, et ses dires gagnèrent
Qu’en fin de ligotage les armes se levèrent.

Par le verbe intervint, refusant cet état,
Lancier qui maintes fois pire urgence apaisa.
Et comment louer celle, délicieuse et fière
Qui de sa main guerrière fit un fracas de verre ?

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Se levant sans bruit faire, très brillamment armée
D’un litre fort entier, sans bruit sut avancer.
Et de très remarquable, en grande habileté,
Nulle goutte ne fut par mégarde versée.

Un cri se fit entendre : une si bonne bière !
Fut à jamais perdue sans que rien ne put faire :
A grisante boisson la pauvre destinée
Que de finir ainsi sur la nuque énervée.

Genou de Bras Tendu très vite toucha terre
Sous le coup de ce qu’il à déglutir préfère.
Etaient pourtant le prix de chère liberté,
Point le choc, ni raison, mais liquides avancés.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Ce dont il tant que peut s’échine à posséder
Fut alors proposé pour calmer l’agité.
Les promesses de boire se virent accompagnées
Des mots filles de joie aux oreilles portés.

Sa bouche formula en un nouvel affront
Que soient pour lui servis tout en profusion
A son ventre remplir des litres à régler
Par les frais de ceux qu’il chercha à enfermer.

Voici l’heure de dire l’ultime condition
Impossible chantage car tant honteuses sont
Les exigences qui d’un pouvoir abusé
Par frustration proposent en toute tranquillité.

L’histoire ainsi contée tout à fait désastreuse
Dans la blanche cité est celle litigieuse
D’un très rustre soldat qui tendit droit ses bras.

Au plaisir de ses yeux sur la table rêvait
Qu’à monter elle accepte si les filles tardaient.
Tandis que l’aubergiste bien en vain rappelait
Que dans la Cité Blanche nombre lois existaient.

Réjouissance et réserves furent gardées en otage,
Bien peu de temps pourtant, car à noyer l’outrage,
Liquides furent versés dans le soin d’éviter
Par tel caprice soit trop de temps sacrifié.

Sa panse contenant cet enivrant breuvage,
Lâchant armes pointées, il déposa sa rage,
Et liberté volée à qui fut opposée
A payer, à tremper dans telle indignité.

Morale à cette histoire soit alors prononcée :
Si désir vous gardez à honneur préserver,
Bras Tendu avec soin la présence évitez.

Autre morale celle, par Bras Tendu, donnée :
C’est ainsi qu’il faut faire, pour être en gratuité,
Servi dans les tavernes, comme vérifié.

(Et les derniers sons moururent…la jeune troubadour resta un moment haletante, puis elle s’assit à nouveau au bord de la fontaine, pensive et attendant on ne savait quoi…)

En Brumevent - Huitième aventure avec les BDF

(Les événements contés datent de 2009.
Ce texte est présent sur le Forum de Brumevent.)

Titre de l'aventure : L'Oeil du Tort par Oeil de biche

L’Oeil du Tort s'était ouvert…aveuglant de vérité sacrée et de terreur rigide les essences que cet éclatant regard transperçait…

…la pureté ayant peut-être eu froid aux yeux pour engloutir ainsi ses pupilles dans de si fumantes entrailles, avant de s’élever sur d’éclatantes hauteurs ou inspirer de fétides brumes…

L’Oeil du Tort…

L’Oeil du Tort s’ouvrit, se ferma pour à nouveau s’ouvrir sur d’autres brumes épaisses, couvertes d’ombre…

Brumes bien moins putrides que les précédentes mais dont la nuit profonde purent faire présager un bien redoutable ennemi du Sud, de la Lumière, et qui devait valoir l’effort fourni…

L’Oeil du Tort ne se trompait donc jamais et il pouvait être fier, il en eut la glorieuse confirmation…

Pâleur spectrale, immobilité fantomatique…digne crabe corrompu à mettre dans son panier de fer aux côtés des liches et des mangeurs de soldats…

L’Oeil du Tort eut-il été oreille…

Eut-il été oreille que son sens n’en aurait peut-être pas été moins…troublé…lorsqu’à sa surface pure, frappa…l’éclat d’une Lumière abondamment versée…laissant à l’oculaire intrus, le temps de son retrait, une persistance dite de rétine…

Errance au Royaume Des Morts - Transfiguration

(Les événements contés datent de 2009.
Ce texte est présent sur le Forum du Royaume Des Morts.)

Le Royaume Des Morts

Tu fus à mon image…lorsque o…précieux et blanc présent…
Tu l'es toujours…éternel ! …Tu avais vécu dans ma mort, tu t'étais éteint dans ma vie…Maintenant que je revis en ce Royaume à l’agonie, renais !

O Royaume, ma liberté en ton sein adoré je l’ai retrouvée et bien payée, j’ai conquis de fouler de ma masse spectrale et de mon esprit obstiné ton sol ineffable et illusoire et d’œuvrer en cette sphère qui s’effondre…

Errante, pensais-tu vraiment être arrivée à l’extrême limite de la traversée ?

Comme il existe la force du faible, le bien du mal existe, et ces chemins, je les ai pris, et en ai retrouvé clarté.

Moi qui croyais être une incorrigible impatiente, j'ai appris la patience dans cette épaisseur, de ces fardeaux et de ces lignes de Vie.

Le large étang de ces plaines est gris comme les perles…et étincelant comme une lame…sa profondeur est telle que les êtres se perdent dans la moiteur de ses rives.

De ces eaux, les rats des marais immuables sont les dignes et fiers hôtes. Leur poil est raide, mais jamais, jamais pénétré par les liquides.

Ils ne connaissent pas le froid car ils se savent exister, ce sont leurs moustaches fantastiques qui leur soufflent cela, tandis que leur longue queue nue et brune s'enroule parmi les couronnes des roseaux comme les tourbillons marins…et que, perchés au delà de leur front plat et rêche, les saules pleurent l’inconsistance de leurs feuilles, annonciatrices de peines, de joies, de délices, de douleurs, d’émerveillements et d’horreurs…merveille…

Les grandes et grosses cloches de par tous les mondes abondent, et par ces fantasques et frasques timbres, ma frêle et fine substance ne peut faire que je ne figure de toute mon illusion parmi les plus volumineuses.

L'importance des mots…o mon amie…malheureusement, la quantité n'y change rien je le crains…et cela n'empêche pas au corps, même éthéré, de parler à la place et nul maître des fourreaux ne tranchera de sa lame fabuleuse en ma défaveur sur ce sujet corporistique.

Sans leur juste balance, est-ce affreux à dire, mais c'est ainsi, les mots seront toujours, nombreux ou pas, maladroits, blessants…mais aussi beaux, adroits et éblouissants parfois.

Ainsi, ai-je toujours comme l'espoir dément que dans mon flot illusoire de paroles impossibles se glissent quelques joyaux.

O, je ne suis pas dangereuse, cela aurait été sur une de vos deux joues rouges illusoires, entre lesquelles pousse le joyeux et non moins illusoire sourire que vous avez si bien planté.

Oh…que ne m’avez-vous fait l'honneur de me donner la recette de cet engrais qui fait si bien pousser les sourires !

Voyez-vous, mon âme est étirée à l'extrême, c'est moi qui l'ait fait pour pouvoir mieux entourer, conséquence : pas de visage et pas bouger !

Pour les noms, c'est pareil…tout n'est pas toujours là pour servir, heureusement !
Ce serait trop triste !
Le noms sont comme des indicateurs de personnes mais les personnes sont différentes des noms, c'est comme lorsque l'on montre du doigt quelqu'un ou que l'on grave des écritures sur un panneau. (O, Panneau grandiose, où est-tu allé ?)
Et les choses sont aussi parfois différentes, d'une situation à l'autre.

Il est des noms, dont personne ne veut, qui sont tout seuls sans personne, hurlant à la lune ou aux soleils, comme il est des êtres sans nom, esseulés car leur nom est parti.
Ou aussi…
Il y a des noms qui désignent une personne et qui désignent, à la fois, une partie de cette personne.
Des noms qui montrent du doigt ET la personne ET la partie de cette personne.
Mais, je l'accorde, c'est compliqué tout cela.

Ah…les noms…quoi de plus habile pourtant que ces chères entités à narrer l’excellence et la richesse des épopées !

Renaissance, que se listent en ma mémoire ces petits noms gentiment échangés entre les êtres, sous les grands yeux éthérés et éberlués de l'esprit de l’humble servante de personne :

[…] de première classe
[…]ette
[…] non joufflu
Admirable Dame
Admirable guerrière
Adorable Dame
Ame généreuse
Ami
BaVarde
Belle
Belle Dame
Belle Conteuse
Bestiau
Blaireau
Bonhomme
Bonne Humeur sur jambes
Cadavre puant
Ce lourdaud […]
Ce rat
Céleste
Celle que j’aime
Celle Qui A Donné Vie au […]
Cet humain
Cet oiseau
Cette espèce de visage
Chercheur du […]
Chien
Conteuse grise
Dame Merveilleuse […]
Déesse des […]
Douce merveille
Doux […]
Doux ami
Elémental
Elfe adorable
Enflure
Envié des Dieux
Epée […]
Fauve
Fourbe
Gamine
Grand […]
Hermine
Imbécile
Insolente petite créature
Jeune enfant
Jeune fille
L’archère
L’Epée de Damochose
La Belle des […]
La Dame des […]
Le Dame du […]
La Grande Epée
La loque
La petite
L'autre jacteuse
L'être de lumière
Le […] Immortel
Le gardien du […]
Le nain
Le piaf qui avait les plumes en […]
Le ridicule porteur du ridicule […]
Le vieux
Ma belle
Ma bonne dame
Ma chère
Ma moitié
Ma sœur
Ma très chère amie
Maire doré comme les […]
Méchant […] joufflu
Médèèème
Merveilleux […]
Messire aux yeux pétillants de joie de vivre
Messire Epée
Misérable
Mon aimée
Mon amie
Mon cher et tendre
Mon frère
Mon pauvre
Monstre
Morte carcasse
Mortelle
Moucheronne
Noble Sire dont je ne connais pas le nom
Notre cheeeeeeeeerrrr ami
Oooohhh grand […]
Pauvre […]
Pauvre fou
Pauvre larve
Pauvre merde
Petit
Petite
Petite peste
Petite vipère
Présomptueux
Professionnel
Protecteur
Questionneur
Rapace
Receleur
Répugnant esclave
Sa Majesté enflammée
Saint Bol de Vie
Sale parasite
Serviteur du […]
Uniqueetau-dessusdetoutetincomparableetc
Vermine

Reconnaissant l’usage, en ces contrastes, et, ardemment en oeuvrant, y boire, y déverser et y renverser le frisson du chahut, ainsi les piliers de ces Halls se fondent aux plus imposants, en honneurs partagés, en la vertigineuse et unique teneur de ce Royaume transfiguré.



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