La libération de Balamoun

Forum En Jeu de la ville de Balamoun
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Dil'inthar
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La libération de Balamoun

Messagepar Dil'inthar » 30 déc. 2019, 14:37

La Libération de Balamoun
par Dil'inthar

I. Le Vol Noir
II. Premier Sang
III. Le Pont
IV. La Muraille
V. Le dernier combat (1ère partie)
VI. Le dernier combat (2ème partie)
VII. Epilogue

I. Le Vol Noir

Il faisait sombre et frais dans les soubassements de la taverne du Crocodile, du moins ce qu’il en restait. Un étrange silence y régnait et l’endroit semblait suspendu dans le temps. C’est par ici que nous avions fui la Cité la première fois. Cet endroit a quelque chose de rassurant. Sans cette trappe comment aurions-nous fait pour s’évader de la Cité ?
Je séchais encore mes vêtements trempés par la traversée du Mnevis, pendant que sortaient un à un les autres combattants. Des nains, des Brumois, des Illusionnistes, des Pirates, des humains et des hybrides rendaient la composition de cette armée de libération des plus hétéroclites. Presque aucun elfe, à part quelques demi-sangs. Un pot-pourri amusant si les inévitables tensions n’avaient pas attendues la traversée du fleuve pour naître. Et la fraîcheur de l’eau du fleuve-roi n’avait certainement pas éteint ces amertumes. Je me languissais déjà de ces immuables caquetages de ces races juvéniles.
L’attente et l’ennui ont toujours été un couple malfaisant, dont un commandant devrait se soucier bien avant qu’ils ne s’enracinent au sein de son armée. De plus, la majeure partie de ces races éphémères ne supporte pas de perdre un temps à leurs yeux si précieux. Pressés de tout et de rien, ils peinent à saisir les aboutissants de leurs propres actions. Impatients, beaucoup l’étaient de pouvoir enfin tremper leurs armes dans les cadavres sans vie de la Cité maudite. Et quelles armes ! Une si vaste panoplie de dagues rouillées à faire pâlir le plus malhonnête des marchands de la Baie. Quant à moi, je vérifiais le cordage de mon arc, attendant les derniers nageurs moins accomplis, aussi agiles que des tonnelets de vin des Brumes.

Le Pharaon nous avait rappelé les enjeux de cette bataille. Pendant ce conseil restreint, j’avais été désigné pour mener le groupe des Archers en troisième ligne.
La deuxième ligne regroupait les mages sous la coupe de Baïkal Casse-Genoux. Le nain était un mage sérieux et avait à cœur de regagner les terres qui abritaient son ordre, les Mages du Désert. La tâche des magiciens était cependant rendue âpre par les carences arcaniques. Une certaine frustration se lisait déjà chez certains d’entre eux. Je les comprends. Moi, je pouvais encore compter sur mon fidèle arc, mais eux en revanche n’avaient que leurs arcanes et leur énergie était comptée.
La première ligne était affiliée au Rôdeur Finn. Un adolescent sous un chapeau de paille et un air innocent au premier regard, mais le jeunet était déjà un combattant aguerri. Bien que plus d’un siècle nous séparait, une franche amitié était née entre nous. Diriger les guerriers au combat n’était pas une mince affaire, surtout qu’ils seraient certainement les premiers à tomber. Ceux qui pensaient le contraire était soit fous, soit stupides. J’espérais encore candidement que tout se passerait bien pour lui.
Pharaon nous avait choisi, car nous avions tout trois déjà survécu à la fuite de la Cité et nous avions déjà pu goûter au mal qui rongeait les ruelles de Balamoun. Nous savions tous que nous n’avions pas le droit de faillir. La Cité Sacrée ne pouvait tomber aux mains des Nécromants. Cela serait terrible pour tout Odyssée.

De ces Nécromants, nous ne savions que peu de chose. Des bannis, pour la plupart, qui avaient développé leur sombre art dans le désert de la soif. Leur maître avait pour nom Kazim Baladhour. L’Archimage du désert nous avoua que cet homme fut l’ami de Zorn, le père de Thanatos, il y a de cela plusieurs centaines d’années. Il était le Haut-Prêtre du Temple d’Hôrosis. Son pouvoir grandissant et les arcanes de non-vie l’avaient peu à peu mené sur une voie de non-retour. Trahissant son Pharaon, le Prêtre voulait lever une armée de morts sous ses ordres et marcher sur le continent. Il fut arrêté à temps. Mais Zorn, voyant encore le reflet de son amitié, ne se résolut pas à l’exécuter et banni à jamais le Prêtre déchu dans le désert. Oublié de tous pour des centaines d’années, Baladhour eut le temps de ruminer sa revanche contre Balamoun et le Pharaon. Il était désormais prêt à la mettre en œuvre, le fameux Vol Noir des prémonitions anciennes s’abattait finalement sur la Cité. La faiblesse du père retombait donc à présent sur les épaules du fils et il tenait à nous d’aider Thanatos à mettre un terme à cette folie. Si je suis ici, c’est avant-tout pour protéger notre Forêt d’un mal qui serait alors incontrôlable. Je respecte Pharaon, mais j’espère que lui et son peuple sauront se rappeler de ses jours funestes. Voilà où mènent les arcanes de la Nécromancie. Et bien imprudent celui qui pense pouvoir les dompter.

L’auberge se transformait peu à peu en forteresse, l’armée se reformant à l’intérieur. Certains s’étaient approchés des fentes des fenêtres balafrées pour tenter d’apercevoir un ennemi encore pour beaucoup imaginaire. Ils ne furent pas déçus. Des hordes de morts-vivants déambulaient sans raison apparente, entourant une silhouette macabre, roi au milieu de la chair putride. Des centaines de corneilles habillaient les voûtes des toits, tel un voile noir sur la Cité. Autant d’yeux aux services des Nécromanciens.
Quelques dernières consignes, quelques dernières remontrances, avant que Pharaon ne donne l’ordre de l’assaut. Les mains se crispèrent sur les armes et les premières gouttes de sueur coulèrent. La première ligne sortit en premier vers son destin. J’armais ma première flèche, mais déjà j’entendais les armes transpercer les chairs putrides à l’extérieur. Arc bandé, je sortais donc à la suite de Cat’, une pirate humaine au tempérament bien trempé, j’allais vite m’en rendre compte. Un pirate restant néanmoins un pirate, mieux valait donc l’avoir devant soi, surtout durant une bataille, me disais-je à ce moment-ci.

Mes yeux ne mirent pas longtemps à s’acclimater à la lumière du soleil, à la fois crue et brûlante. Finn et ses guerriers ne faisaient déjà plus qu’un avec l’amas de morts-vivants leur faisant face. Les premiers téméraires jonchaient déjà le sol dans la douleur, mais aucune perte n’était encore à notre crédit.
Je rejoignais les autres archers déjà en position, dont deux soldats du Fort. Un humain, Herbertan, et un homme-chat, Notach Rueoc. J’avais peu de bon souvenir des guerriers du Fort, enfin, je dirai même qu’ils ne représentaient pour moi qu’une vaste masse de balourds éructeurs. A se demander s’ils pouvaient même prononcer le mot stratégie. Ils étaient tous deux encadrés par un Sergent du nom de Zelph. Je savais peu de chose à son sujet et je n’attendais pas plus de lui que de ses ouailles. Pourtant, lorsque je les rejoignis, ils avaient déjà mis à terre un Nécromant et plusieurs volatiles noirs. La chance certainement.
Nous écartâmes le danger venant du ciel sans faillir et nous anéantîmes le dernier Nécromant d’une volée de flèches. Sbire sans renommée, ce-dernier retourna parmi les morts, qu’il appréciait tant. Mes meilleures salutations.
Il est vrai que nous nous attendions à voir les zombies tomber, privés de liens magiques avec leur maître, mais ses soldats éternels restèrent bel et bien animés au grand damne de notre première ligne. Celle-ci se débattit de plus belle, réussissant finalement à se défaire des engeances qui l’assaillaient.

De ce chaos initial, seul un homme-lézard fut sérieusement blessé, mais il devait s’en tirer. Parmi les guerriers, à la lumière de ce premier contact, beaucoup se rendirent compte d’être peu de chose devant cette armée froide et résiliente. Dans la deuxième ligne des Mages, la réalité rattrapait elle-aussi les ambitions. Sous les effets pervers des troubles arcaniques, leurs talents étaient mis à rude épreuve. Parmi eux, les illusionnistes Iskander, Valëntok et Danarian Libresprit tentaient même d’imposer une idée de diversion magique. Veine entreprise à mon avis, même un humain pouvait s’en rendre compte. Essayer de duper des morts grâce aux arcanes de l’esprit, quand bien même d’esprit ces zombies n’en avait point. Bonne chance.
Nous pansions donc les premières plaies pendant que des éclaireurs s’en allaient chercher notre prochaine destinée. Dans les ruelles étroites de la Cité, la Mort se diffusait comme une nausée constante et au loin se profilait déjà des hordes bien plus nombreuses. Cette première passe d’arme n’était qu’une escarmouche, c’est certain.
Modifié en dernier par Dil'inthar le 10 févr. 2020, 22:10, modifié 6 fois.

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Cat'
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Cat' » 06 janv. 2020, 14:59

C'est très chouette de lire le récit de cette bataille d'autre point de vue ! Pour les Odysséales, j'avais hésité à débuter le récit là où tu le commences, avant de finalement me raviser.

J'attends la suite avec impatience, histoire de se replonger dans des souvenirs encore vivaces :P !

Finn
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Finn » 06 janv. 2020, 18:10

Très beau texte, j'ai hâte de lire la suite !!!!!

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Dil'inthar
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Dil'inthar » 06 janv. 2020, 19:22

II. Premier sang

Les Illusionnistes préparaient leur sort studieusement, pendant que d’autres retiraient le sang encore frais sur leurs armes. Je resserrai le cordage de mon arc. Un moyen pour moi de me défiler des nombreuses jérémiades humaines, après ce premier affrontement. Cependant, ce frêle répit ne dura guère. Les éclaireurs autoproclamés peu délicats ramenèrent avec eux une deuxième vague d’ennemis. Damnation, même un troll aurait été plus silencieux ! Nous n’étions clairement pas prêts à un nouvel affrontement et notre ligne encore fanée par le précédent combat dut faire face à nouveau aux hordes décharnées. Des corps d’hommes, de femmes et même d’enfants vidés de leurs essences, mais bel et bien articulés et assoiffés de notre chair, quant à elle encore vivante. Il n’est pas aisé de plonger son arme dans le corps d’un ennemi, encore moins quand celui-ci a les traits d'un bambin. Même si ces corps n'étaient plus que des armes aux mains des Nécromanciens, l’appréhension demeurait. Du moins jusqu’à ce que l’instinct de survie ne reprenne le dessus.
Ils étaient plus nombreux que la première fois, constat aisé aux nombres de râles d’outre tombe qui résonnaient telle une litanie funèbre. Un Nécromant au loin contemplait ses marionnettes avec un regard carnassier. Une partie des Archers s’occupaient déjà des corneilles tournoyantes, pendant qu’une autre moitié venait en aide aux guerriers. Ce n’était pas un luxe. Même certains Mages déversèrent leurs arcanes sur les cadavres. L’un d’entre eux semblait avoir le sang plus chaud que le sable brûlant. Mage du Désert, une humaine du nom d’Ablaze vociférait et s'impatientait d'allumer un lit de feu sous la bouillie d’os et de chairs nous faisant face. L’effet était puissant et efficace, certes, mais son énergie fut lapidée à cette fin. Son rire et sa satisfaction me laissèrent cependant interloqué. Un tel caractère au sein de notre Forêt et celle-ci aurait rapidement été transformée en avant-poste désertique de la Pyramide, pensais-je. D’autres mages firent de même, s’épuisant et se hasardant près des non-vivants. La sanction ne tarda guère et certains d’entre eux se trouvèrent agrippés par les mains osseuses de la foule mort-vivante. Difficile d’armer un tir dans ces conditions. Nos fenêtres de tir s’amincissaient, quant elles n’étaient pas simplement bouchées par tant de chaos.

La marée de mort ne faiblissait point, ma foi. Le contraire de notre première ligne qui suffoquait sous les coups. Malgré tout, le Nécromant ne put profiter de ce spectacle bien longtemps. Notre rôle était de les abattre en premier lieu, surmontant de nos flèches le mur de cadavre. Nous ne faillîmes pas. Une volée de flèches bien ajustées vint ternir quelque peu son sourire sadique et l’envoyer face contre terre. L’exploit était à mettre au crédit du Sergent. Ces deux autres compères, quant à eux ne déméritaient point. Peut-être que ces soldats du Fort n’étaient pas si aveugles, après tout.
Toutefois la mort en marche prit rapidement sa revanche. Si le Nécromant était tombé, ses hordes de morts-vivants, eux, ne faiblissaient point et bientôt ces-derniers submergeaient notre muraille une première fois, telle une marée faisandée. Le premier à en faire les frais fut un Centaure, Auroch, son nom me revient. Le soldat du Fort bataillait vaillamment parmi la foule décharnée, mais fut implacablement enseveli, son imposante silhouette offrant une cible de choix pour les décharnés. Trop loin des soins des Mages, qui commençaient à faiblir eux-aussi, quant ils n’étaient pas simplement cosmétiques ; trop loin de la chance certainement. Et rapidement son corps entier fut englouti pour ne plus réapparaître. Déchiré, sectionné et finalement démembré, il ne restait plus rien du centaure déchu. Un cheval de moins aurait dit certains.
Cette mort soudaine vint rappeler à beaucoup que nous n’étions que des fétus de paille face à cette armée de cadavres. Hagards un bref instant, nous repartîmes à l’assaut de plus belle après que Pharaon eut haussé la voix face à la discorde qui animait la troupe devenue fébrile. Fallait-il le rappeler que notre choix était nous battre ou mourir ?
Je me souviens encore voir cette pirate se lancer près de la horde, arbalète au clair, furibard. Un, deux traits et l’humaine au verbe haut se fit happée par un zombie. Je voyais là notre deuxième perte, mais contre toute attente, la téméraire se défit de son adversaire, non sans y laisser un doigt dans l’affaire. Un trait d’arbalète dans la face du fautif et quelques jurons de pirate après, Cat’ rejoignait nos rangs, la moue revancharde. Nul doute que l’écumeuse des mers avait la peau dure.

Deux seuls guerriers semblaient s’adonner avec un plaisir non feint à la charcuterie. Je me souviens encore de leur beuglement dans le carnage, quel prose... Les Prêtres Kaïnites dansaient au milieu des morts. Une danse faite de haches et de masses, de sang et de rage. Ils étaient deux : Kefka, un humain rugueux aux paroles aussi tranchantes que sa hache et un saurien du nom de Chaz, lui aussi poète de l’écrasement de tête. Bien que leurs déchaînements lunatiques me paraissaient bien primitifs, force était de constater que ces deux-là avaient des arguments percutants. Et ils voulaient être au cœur de la bataille, tant mieux pour eux. Moi, je préférais rester à bonne distance de ces morts, ô oui. A leur place cependant, il aurait été difficile de trouver d’autres acteurs pour un tel rôle.

Pendant que les guerriers retenaient donc tant bien que mal les morts-vivants, nos rangs ne chômaient pas pour autant. Deux parmi eux étaient relativement silencieux, aussi silencieux qu’utiles, à vrai-dire. Le Prêtre des Tempêtes Jeborian et un autre personnage dont on me rapporta qu’il s’appelait Ezeukyl. Si je ne connaissais pas le second, j’avais déjà eu à combattre aux cotés du premier, déjà à Balamoun. Il maniait l’arc avec dextérité pour un semi-elfe, mais l’on pouvait aussi sentir en lui l’orage s’amoncelant dans ses yeux. La magie épuisée laissait pourtant peu d’espace aux aptitudes d’un Mage des Tempêtes malheureusement.
Derniers coups d’épées, ultimes flèches et nous mîmes finalement un terme aux velléités de cette vague prisonnière des limbes. Pas le temps de se reposer cependant, ni de pleurer le disparu. Notre but était toujours de rejoindre la Cité Sacrée aussi vite que possible, nous devions arriver avant Kazim Baladhour. Le Pharaon et sa sœur Nisha avaient été très clair, le cœur de Balamoun ne pouvait tomber aux mains des Nécromants.

La Pirate jouait déjà de sa longue vue pour nous donner un aperçu de ce qui nous attendait et, malheureusement, le menu s'annonçait corsé. Plus nous nous approchions de notre objectif et plus l'armée des morts se faisait menaçante. C'est alors qu'une explosion puissante retentit à une bonne distance de notre faction. Une fumée noire s’élevait au loin, la Tour des Mages était assaillie. Ce haut-donjon s'élevait bien au-delà des cases adjacentes, tel un phare face à la mer. Des flammes jaillissaient des balcons, encerclés de toute part par les corbeaux dans un balai de mort incessant. Là-bas aussi, l’on se battait. L’acte semblait volontaire. Était-ce là une diversion pour nous permettre d’avancer ? Thanatos le lisait comme tel, un répit gagné aux prix d’autres vies, là-bas, au loin. Il nous fallait avancer.

Arilyn Lunelame
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Arilyn Lunelame » 07 janv. 2020, 13:16

Excellent récit, j'ai hâte de lire la suite :)

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Dil'inthar
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Dil'inthar » 13 janv. 2020, 23:24

III. Le pont

Le chemin que nous empruntions traversait les quartiers pauvres , ruelles étroites, labyrinthiques, jadis grouillantes de vie. Ils n’étaient plus qu’un délicat dédale délabré où le vent portait des relents malsains à chaque carrefour. J’observai chaque coin, chaque cul-de-sac, brandissant mon arc tel une torche à chaque coup de vent persifleur. Je n’étais pas tranquille, personne ne l’était à vrai-dire, même les plus stoïques. Le pont menant à la Cité Sacrée était bientôt en vue. Je priais Te Danann pour ne pas y trouver d’ennemis, mais une fois face à l’esplanade précédent le viaduc, il était clair que je devais me résigner à une toute autre vérité. Une faramineuse armée nous attendait là-bas, loin des bandes que nous avions déjà affronté, et cela n’avait rien d’un mirage. Nous ne pourrions donc pas rejoindre la Cité Sacrée si aisément. Je contrôlais déjà le cordage de mon arc machinalement. J’avais répété ce geste d’innombrables fois depuis que nous étions entrés dans Balamoun. L’anxiété m’assaillait, quand bien même je la dissimulais du mieux que je le pouvais. Mon carquois se vidait inexorablement, je me disais bien à cet instant, que je ne pouvais me permettre de gaspiller mes flèches. Elles seraient réservées aux Nécromanciens. Notre seul espoir résidait à ce que cette foule s'écroule à leurs morts, mais beaucoup en doutaient déjà.

J’attendais donc que notre ost ne se reforme avant l’assaut. Nous pouvions profiter cette fois de lancer l’attaque comme nous l’entendions. Malheureusement, les choses ne se passèrent pas comme prévues. C'était là une constante de notre avancée après tout. La tension palpable qui agitait nos hommes se joua finalement de nous. Un écuyer du Comté prit sa vaillance à deux mains et donna l’assaut à lui seul sur l’armée ennemie, croyant avoir reçu l’ordre d’attaquer. A croire que chaque Brumois naissait avec la brume dans la tête. S’ensuivirent hésitations et incompréhensions, deux autres ennemis cruelles d’une armée. La dame du sire était aussi avec nous et s’en alla rejoindre son cher aimé au front. Eithleen, une brave mage humaine, que j’avais déjà croisé par le passé. Si elle ne manquait pas de génie, l’amour n’était aucunement bonne conseillère pour elle. Finn se força alors à sonner l’assaut général, un assaut désorganisé qui nous coûta certainement bien plus qu’un écuyer aux oreilles sales. La fraternité humaine certainement. Nous allions donc à l’aide de l’égaré. Si je mourais à cause de cet humain-ci, Odin lui-même ne pourrait m’empêcher de le tourmenter même dans la mort !

J’entrais donc aux abords de la place la foulée longue, prêt à décocher mes premières flèches. Des guerriers étaient déjà aux prises avec les non-morts bien plus nombreux qu’eux. Cela se présentait sous les pires auspices. Des petites bâtisses s’arquaient autour de la place. Points de vue idéal sur la bataille. Je décidai d’y grimper pour avoir une meilleure vision et surtout rester le plus loin possible du tumulte du front. Je fus rapidement rattrapé par la pirate, qui somme-toute, savait être au bon endroit au bon moment.
Sur une autre bâtisse, les Rôdeurs Théodoras et Akella avaient eux-aussi pris position. J’avais fait le voyage avec eux-deux et d’autres Forestiers depuis nos terres, traversant le désert jusqu’au campement de fortune entourant la Cité. Le premier avait la barbe fournie et la flèche sûre, il avait pris la tête de la délégation forestière venue se mettre au service de Pharaon. La deuxième ne s’en laissait point compter et avait l’œil vif des félins. Elle avait aussi à-cœur de se venger des Nécromanciens. De eux-deux, je savais que je pouvais leur faire confiance.
Si nous pouvions jouir sur nos tourelles de fortune d’une certaine quiétude, nos troupes aux premières lignes étaient déjà débordées par leur entrée disparate. Je repérais aisément l’un des Nécromants au milieu de ses troupes réanimées. La main ferme et le regard aiguisé, je ne tremblai guère et envoyai une salve de flèches dans sa direction. Toutes se fichèrent à hauteur de son thorax, mais là où un être aurait péri, ce damné portait une armure d’os qui le sauva du péril. Je ne ferais pas deux fois la même erreur.

La nuée de morts prenaient le dessus partout où elle s’écoulait, quant à notre armée, elle ne se reformait que péniblement. Au milieu de ce charnier mouvant, un humain fut le premier avalé par cette masse glauque. Je ne me souviens même plus de son nom. Plus rien à faire pour lui, disparut ses membres arrachés et dépecés par la foule carnassière.
Les Mages peinaient à soigner les Guerriers, les blessures et les morsures s’amoncelaient inexorablement. Des choix devaient être fait, tous ne pouvaient être sauvés. Finn le capitaine s’était jeté dans la bataille pour aider le Brumois. Un choix lourd de conséquence malheureusement. Aux prises avec une muraille de morts-vivants, le capitaine des guerriers se battit vaillamment à l’aide de sa lance, mais son sort était déjà scellé par les centaines de mains qui l’agrippaient. Le Rôdeur fut englouti sous une muraille de mort lui-aussi. Seul son chapeau de paille rougi réémergea de cette houle sanglante.

Avec la mort du Capitaine, certains pensaient à la retraite, mais quelle retraite ? Nous ne pouvions plus fuir notre destinée. Nous devions avancer ou mourir ici. Les deux fronts se renvoyaient coup pour coup. Les soins ne pouvaient cependant suivre la cadence. Bientôt, Steiner le Brumois fut rattrapé par sa divagation. Combattant acharné derrière son écu jusqu’à présent, ce n’était plus assez pour racheter son erreur. Ployant peu à peu sous son bouclier, il fut finalement débordé et happé par les macabres goules, des êtres abjectes, glabres avec des yeux glaçants, miroirs d'une mort prochaine. Je me rappelle encore voir sa tête rouler jusqu’aux pieds de sa belle. La pauvre, même le temps de pleurer son homme lui manquait.
L’un des deux Nécromants tomba finalement, transpercé par un trait d’arbalète de la pirate. J’avais beau détesté une arme aussi inesthétique, je chantais ces louanges à cet instant. Des goules et un autre marionnettiste de morts étaient encore là et se repaissaient de l’énergie de nos troupes, grâce à leurs arcanes nécromantiques. Une maille sombre, un flux morbide à leur service.
Au milieu de cet amas de putrides silhouettes, un se détachait pas sa taille imposante. Un Champion Squelettique se déplaçait cahin-caha, traînant une lourde épée pour fardeau. L’impressionnant soldat abattait son hachoir avec une précision douteuse, mais tel un métronome éternel. Il ne connaissait pas la fatigue, ni la peur et encore moins la douleur. La douleur, certains eurent peu de temps d’y goûter. Le loup-garou Jaraï, qui s’était battu toutes griffes dehors fut dépecé par une dizaine de morts-vivants. Les soins apportés à l’homme-loup n’avaient que retardé l’échéance et seules quelques touffes de son pelage s’abandonnant au vent nous rappelaient sa funeste destinée.

Il nous fallait concentré nos tirs sur le dernier Nécromancien, espérant peut-être rompre le lien qui l’unissait à sa sombre troupe. C’était là le faible espoir qui nous restait. Si nos hommes tombaient, les guerriers morts-vivants semblaient eux se multiplier inlassablement. Un gladiateur de la Baie se débattait, tenant en respect un pan entier de zombies, mais pour combien de temps ?
Mince récompense, des nouvelles me parvenaient que les corbeaux tournoyant comme des mouches au-dessus de nous avaient été vaincu sous les coups des Forestiers et des Fortins. Mince soulagement.

Nos lignes étaient à nouveau enfoncées et un elfe aquatique périt sous la charge virulente des morts en marche. La magie n’était pas de grand secours, je l’ai déjà dit, mais certains trouvaient néanmoins la force d’invoquer des ressources que je ne pensais plus faisable. Malénor Cranedur, un disciple de Vénéra ou un fanatique, c’est selon, s’amusa à prier au milieu du charnier. Et cela fut couronner de succès ! Un rayon lumineux vint percuter le Gladiateur, refermant ses plaies au passage. Le combattant pouvait continuer son harassant labeur.
Sur notre autre flanc, la mort avançait inlassablement, comme l’hiver succède à l’été. L’homme-lézard, rescapé du premier affrontement, ne put profiter d’une deuxième chance. Lui-aussi termina lacéré par les dents mort-vivantes. Le dernier Nécromant se jouait encore de nous, utilisant ses pouvoirs pour aspirer la vie de l’un des illusionnistes, incapable de contrer pareil ignominie. Iskander vit sa vigueur peu à peu le quitter, ses traits se vieillir à vue d’œil, le laissant sans défense face à l’armada de goules qui se jetèrent sur lui pour couper le dernier fil le retenant à la vie.
Il nous fallait venir à bout de ce sombre mage. Mes flèches se frayaient inlassablement un chemin vers lui et si elles ne le blessaient guère, elles le gênaient assez pour permettre aux autres Forestiers de trouver les faiblesses de son armure.

Finalement, la Pirate eut le dernier mot, ou insulte devrais-je dire. Elle n’avait pas le verbe léger de nature et encore moins pour un être aussi abject. En plus, la donzelle était saoule ! Elle avait sifflé d'une traite une bouteille entière de je-ne-sais-quelle-boisson-douteuse. Je me souviens encore voir ces yeux vitreux aligner le Nécromant. Une chance sur mille qu’elle le touche, me disais-je. Ce-dernier prit le trait d’arbalète en pleine tête et tomba au sol. Insolente chance. Elle ne put cependant savourer son plaisir qu’une fois son vomi répandu le long de la bâtisse. Pour l'élégance, nous repasserons.
Cette fois l’espoir revenait de notre coté.L’armée de morts tomba elle-aussi, inarticulée, laissant les Guerriers en première ligne hagards. Le crissement des armes et les cris d’outre-tombe avaient disparu. Plus rien à part l’odeur du sang, toujours. Sous nos pieds, un lac de chairs putrides et de membres sectionnés. Certains de nos rangs avaient rejoint cet âpre charnier. Je prenais le temps de respirer, tout en contemplant indécemment le cimetière devant moi. Il était aisé en de pareil circonstance de penser que la subtile ligne entre la vie et la mort tenait finalement à peu de chose.
Il était temps de se reposer en effet, et de compter nos morts aussi. Un, deux, trois… J’ai rapidement perdu le compte et qu’importe à-vrai-dire. Les humains nettoyaient leurs armes où s’invectivaient, où les deux. A croire que s’insulter est le passe-temps favori de cette race. Les armes des tombés étaient prestement récupérées. Elles-seules survivraient à leur ancien porteur.

Désormais rien ne se dressait entre nous et les murailles de la Cité Sacrée. Rien, c'était bien cela le problème. Le pont enjambant le fleuve pour rejoindre la Cité n'était plus, englouti sous l'eau. Il nous faudrait trouver un autre moyen pour entrer. Et déjà je levais les yeux au ciel pour contempler le haut des créneaux.

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Cat'
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Cat' » 15 janv. 2020, 15:33

Insolente chance.
Hé hé hé hé...

*Sirote son whisky avec un visage fier et arrogant*

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Grim Le Brindezingue
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Grim Le Brindezingue » 15 janv. 2020, 18:55

C'est quand même bien sympa ces récits de jeu. Un très beau travail en tout cas, bravo Dil'Inthar !
"La méchanceté du Fou est moins à craindre que la folie du Méchant."

Eroliz
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Eroliz » 15 janv. 2020, 20:54

Bon, je ne poste vraiment pas souvent sur le forum, mais là je me sens obligé de mettre un petit commentaire.
Je trouve ce récit vraiment passionnant ! J'attends à chaque fois le chapitre suivant avec impatience.
Merci Dil'Inthar

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Hebertan
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Re: La libération de Balamoun

Messagepar Hebertan » 16 janv. 2020, 11:57

C'est super de pouvoir revivre cette belle quête à travers ton récit. Merci Dil'Inthar !

C'était sympa de participer à tout ça, même si visiblement Balamoun n'a été libérée que par Cat'... :evil: Jalousie extrême ! :evil:

:lol: :lol:
"La bave du crapaud n'atteint pas la pierre qui roule !


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